Ria Bartok
Biographie







Ria Bartok, Marie-Louise Pleiss pour l'état civil, est née le 26 janvier 1943 à Einbeck, près de Hanovre, en Basse Saxe, Allemagne, ce qui explique son charmant petit accent. Son père, pilote de chasse, est abattu alors qu'elle n'a que deux ans. Sa maman se remarie avec un architecte et c'est son grand père, multi-instrumentiste, qui lui communique le goût de la musique. Pour perfectionner ses connaissances en langue anglaise, la jeune Marie-Louise au prénom d'archiduchesse, fait ses bagages pour Londres. Elle y reste trois ans, apprend aussi le français et fréquente les clubs du fameux quartier de Soho où elle découvre le sens du rythme.

Arrivée en France en 1962, elle étudie à l'Alliance Française puis devient assistante médicale pour gagner son argent de poche. Remarquée lors d'une soirée où elle chante avec des amis, elle passe une audition pour le label Ricordi qui compte déjà dans ses rangs Danny Boy et Nancy Holloway. Elle signe son premier contrat. Ria Bartok est née, elle a vingt ans et tout l'avenir devant elle. Parce Que J'ai Revu François, adapté de I Saw Linda Yesterday de Dickey Lee, obtient un beau succès au printemps 1963. Sur ce tout premier super 45 tours, figurent trois autres reprises dont Chills de Tony Orlando et la ballade Dans La Nuit -The Night- de Dee Dee Sharp.

Ces encourageants débuts permettent à notre fragile ange blond d'être à l'affiche de l'Olympia de Paris le 2 avril 1963 pour un Musicorama aux côtés des Pirates, des Champions, Danyel Gérard, Nancy Holloway, Les Brothers Four et Peppino di Capri. La mutine walkyrie passe la rampe. Dans la foulée, elle enregistre un deuxième microsillon avec Tu Sais Me Plaire, la reprise de Hey Good Lookin' de Hank Wiliams, remis au goût du jour par Ray Charles, Dean Martin et Les Spotnicks.




Un microsillon équilibré puisque Frankie et Je Reviens sont deux chansons originales tandis que C'est Trop Tôt est la version francophone de Sloppy Joe de Jo Ann Campbell. Ricordi ayant quelques soucis financiers, le disque est ensuite distribué par RCA. Ria Bartok signe chez Columbia sous la houlette de Jean-Paul Guiter, directeur artistique des Chats Sauvages et de Dick Rivers. Le troisième extended play doit frapper fort avec Heart, une composition du célèbre tandem Barry Mann & Cynthia Weil qui devient fort logiquement Coeur sous la plume de Georges Aber, spécialiste s'il en est des adaptations.

Mais Rita Pavone, la petite coqueluche italienne, enregistre la chanson à son tour et la lance en France avec le soutien appuyé de l'émission et du magazine Salut les Copains. Qu'à cela ne tienne, Ria propose aussi sur ce disque une version aigre douce du Lucky Lips de Cliff Richard, devenu Sans Amour via André Salvet ainsi que l'original Diggedle Boeing.

Après sa participation à la brillante tournée du Gala des Etoiles en mai 1963 en compagnie de Billy Bridge, Lucky Blondo et Dick Rivers, Ria Bartok est invitée dans les plus prestigieuses émissions de télévision, de Télé Dimanche à Discorama en passant par Age Tendre & Têtes de Bois. Du 3 au 8 janvier 1964, elle partage l'affiche de l'Ancienne Belgique de Bruxelles avec Dick Rivers puis nous propose un quatrième 45 tours de reprises soigneusement sélectionnées dans les succès confirmés de Paul Anka : Ce N'est Plus La Peine/Hurry Up And Tell Me ou de Tommy Roe Tout Le Monde Sait Tout/Everybody.




La séduisante jeune femme au visage mutin, aux cheveux blond-nacré et aux yeux noisette vifs et malicieux, peut alors espérer avec ce physique avantageux et un répertoire varié et rythmé -elle apprécie Fats Domino comme Nat King Cole- faire un peu d'ombre à Sylvie Vartan. Ce Monde est le titre fort du cinquième EP. A t-elle été influencée par Il Mio Mondo, l'original de l'italien Umberto Bindi ou bien par You're My World, la superbe reprise de la britannique Cilla Black ? Le malheur veut que Richard Anthony, qui est sur le même label, l'enregistre également, gagnant un combat assez inégal en propulsant la chanson dans les hit-parades français.

Tu As Perdu La Tête, adapté de Somebody Else's Baby de Diane Castle et Tu Peux Pas Savoir, Go Back To Daddy de Pat Wayne & The Beachcombers, sont de piquantes reprises sur lesquelles ont planché des talents aussi divers et évidents que Gérard Bourgeois et Jean-Max Rivière ou Vline Buggy. Plus de Coeur Brisé -One Way Love des Drifters- est inclus avec bonheur sur un sixième disque édité en octobre 1964 et si Et Quelque Chose Me Dit est une nouvelle fois en concurrence avec Richard Anthony, emprunté au groupe british Herman's Hermits -I'm Into Something Good-, il permet à la douce Ria Bartok d'avoir cette fois le dernier mot en inscrivant la chanson pour trois mois au hit-parade du mensuel Salut les Copains.

L'année 1965 commence sous les meilleurs auspices et Ria donne de nombreux galas en compagnie d'Enrico Macias ou de Hugues Aufray. Le 17 octobre 1965, elle défend la chanson française au Festival de la chanson méditerranéenne de Barcelone avec Romuald et Alice Dona. Son ambition est de devenir une artiste internationale.




Pour ce faire, elle enregistre en anglais, en allemand et en espagnol avant de partir à la conquête du Canada où elle intègre le Musicorama 66 de la radio C.J.M.S. Elle parcourt le Québec en août 1966 avec les Chantels, Norman Knight, les Hou-Lops, Gilles Brown, Michèle Richard et César et les Romains.

Entre temps, trois nouveaux 45 tours ont été commercialisés avec une majorité de reprises le plus souvent fort intéressantes, Tu La Revois (He's In Town des Tokens), Quand Reviendra Le Garçon Que J'attends (Big Town Boy de Shirley Matthews), Ecoute Mon Coeur, un original de Jack Arel et Christine Fontane, Je Ne Peux pas Le Blâmer (You Can't Blame Him de Sandie Shaw), Je Ne veux Pas Qu'il Me Quitte (Can't You Hear My Heartbeat des Herman's Hermits), Un Baiser (That's The Way des Honeycombs) ou Action de Paul Revere & The Raiders. Le 13 novembre 1966, Ria Bartok revient au Canada pour une seule prestation au Colisée de Québec. Son dernier concert en France date du 13 mai 1967.

Ria Bartok se fait plus discrète, le show business lui préfère de nouvelles têtes, de nouveaux noms. Elle qui rêvait d'une carrière à la Petula Clark, sagement, elle se résigne, redevient Marie-Louise Pleiss et retrouve son premier don, le professorat. Elle enseigne l'anglais et l'allemand dans une institution privée.

Funeste destin, en 1970, dans une chambre d'hôtel, Ria Bartok s'endort en fumant une cigarette et périt dans un incendie qu'elle provoque bien involontairement. Nous retiendrons la fraîcheur d'une voix qui swingue avec beaucoup de naturel et le regard pétillant de son éternelle jeunesse.

Alain Duvalex





Rétro Jeunesse 60 (France)
Conception et réalisation: Michel Charbonneau
Production Karo Web Communications


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